Offscreen - Chapelle Saint-Louis de de la Salpêtrière - Paris, France

 

Offscreen - Chapelle Saint-Louis de de la Salpêtrière - Paris, France

 

Alhazen - Villa Atrata - Angles-sur-l'Anglin, France

 

Alhazen, soleil positif #4

Luminogramme sur verre, miroir - Luminogram on glass, mirror

 

Alhazen - Villa Atrata - Angles-sur-l'Anglin, France

( FR )

Le Crépuscule infini

 

Cette installation photographique constitue une oeuvre totale. Elle forme le dépassement des contingences techniques, exprime au-delà de l’image le sentiment de la vision pure, elle constitue enfin le chant optique qui conjure la fin de l’Histoire.

 

Cet immense tirage couleur, inédit dans l’histoire contemporaine des procédés photochimique artistiques, transforme la chromie du papier photosensible en une substance imageante. Elle est une présence perçue, une matière étirée en horizon. L’oeuvre a été réalisée avec les deux derniers rouleaux de papier Kodak de ce format existant encore dans le monde. Elle ne sera plus jamais réalisable dans les mêmes conditions, elle est unique et définitive. Elle est l’ultime sursaut d’une technologie du 20e siècle. L’oeuvre est devenue une relique précieuse : elle est ainsi inaugurale (inédite) et testamentaire. Sa valeur infinie est née de ce cycle qui enroule l’histoire de l’art sur elle-même, indifférente au progrès, elle abolit le temps car elle témoigne de la possibilité des retours. On pourrait qualifier cette oeuvre de « néo-analogique ».

 

Thomas Paquet travaille depuis des années les formes et les substances de l’horizon. Ses photographies ne sont pas des prises de vue du réel, mais l’expérimentation des qualités photosensibles des chimies photographiques. Tout est dans « le photographique », conçu comme un monde en soi, de lumières, de couleurs, de substances et d’imaginaires. Le papier a été insolé par un ruban de leds programmées selon un rythme précis pour obtenir des nuances qu’aucune autre technologie ne peut fournir. Comme un savant alchimiste, Thomas Paquet a construit son système, il s’est entouré des meilleurs techniciens, en informatique comme en laboratoire argentique. Il a trouvé au studio du Fresnoy l’une des dernières développeuses couleur de ce format. Le tireur Diamantino Quintas a permis la réalisation d’une opération acrobatique, dans le noir, qui a consisté à « passer » d’immenses lés de papier dans la machine au rythme des projections lumineuses du dispositif programmé par Benjamin Sonntag, greffé en avant de la développeuse. Rien n’ici n’est high tech, tout le processus a été imaginé sur le mode d’un fab-lab pour répondre à une commande d’exception : des tirages de plus de 10 mètres analogiques couleur qu’il a fallu ensuite rigidifier tout en conservant la souplesse nécessaire pour épouser la courbe de la salle ovale de la fondation Valentino. Et cela grâce à un contrecollage de surface (diasec) réalisé par le meilleur atelier de Paris, suivant en cela l’intuition du galeriste Thierry Bigaignon. À certains égards, la production de l’oeuvre est un véritable cas d’école.

 

En peinture comme en teinture, le rouge a été la première couleur que l’homme a maitrisé. Elle est le début de la couleur, elle est aussi la couleur des révolutions, au sens propre du terme : la couleur de ce qui revient à son point d’origine. Le crépuscule est l’instant étiré qui achève la course du soleil et réchauffe déjà les lueurs de l’aube. L’histoire de la photographie est exactement à ce point : les créations les plus contemporaines enchantent l’obsolescence des techniques. Ce magnum opus de Thomas Paquet ne peut être comparé qu’à ce qui serait une lamelle monumentale de la pierre philosophale. Elle a le mystère d’un récit épique et inspire une paix contemplative.

 

La référence à la salle du Musée de l’Orangerie, qui accueille les derniers Nymphéas de Monet, vient à l’esprit : dans la courbe foetale d’un temple de l’art, le regard sensible suit les courbes d’un cycle qui ignore l’idée de fin et de début. L’Horizon rouge de Thomas Paquet est un crépuscule infini. Il manifeste l’immortalité du rouge, sa saveur haptique offre à notre oeil une surface de velours. C’est un tapis volant soudain métamorphosé en peinture murale. Comment ne pas penser au rouge des fresques de la villa des Mystères à Pompeï, devant l’écrin que l’oeuvre procure aux robes mythiques de Valentino surnommé l’Empereur du rouge ?

 

 

Michel Poivert

 

Texte écrit pour l’exposition « Rosso »  été  2025, Fondazione Valentino Garavani e Giancarlo Giammetti, Rome - Italie

 

 

( ENG )

The Infinite Twilight

 

This photographic installation constitutes a total artwork—an immersive vision that surpasses mere technical execution. It transcends the image itself, conveying a distilled, pure perception culminating in an optical symphony reminiscent of the end of History.

 

This monumental colour print—unprecedented in the modern history of photochemical processes—transforms the chromatic surface of photosensitive paper into a physical, almost living, substance. It becomes presence itself, stretched across a horizon. The work was created using what are likely the last two remaining rolls of large-format Kodak paper in existence. It cannot be replicated; its production conditions were singular and unrepeatable. Consequently, it stands as both a relic and a revelation— simultaneously an inaugural gesture and a final testament. The piece encapsulates the full essence of a technological era’s final breath. It’s a “neo-analog” creation—one that circles back to the essence of the photographic process, indifferent to the forward march of innovation. Its value lies in its defiance of time, asserting the possibility of return.

 

For years, Thomas Paquet has been exploring the forms and materials of the horizon—not by capturing reality, but by experimenting with the very chemistry of light-sensitive materials. His work lives entirely within «the photographic» as a world unto itself, composed of light, colour, substance, and imagination. For this piece, he developed a custom system involving LED ribbons programmed to emit light in a precise rhythm—yielding colour gradations beyond the capabilities of digital tools. Like a modern-day alchemist, Paquet collaborated with expert technicians in both digital and analogue fields. At Le Fresnoy’s darkroom, he accessed one of the last remaining colour processors capable of handling this format. With printer Diamantino Quintas, he executed a delicate choreography in total darkness: threading extensive strips of paper through the machine in sync with programmed light projections developed by computer scientist Benjamin Sonntag.

 

This wasn’t high-tech production—it was a custom, fab-lab style operation tailored to meet an extraordinary challenge: creating analogue colour prints over 10 meters long. These prints needed reinforcement yet had to remain pliable enough to conform the curved architecture of the Fondazione Valentino Garavani e Giancarlo Giammetti’s oval room. The final step—surface lamination using Diasec—was entrusted to Atelier Image Collée, one of Paris’s finest workshops, guided by the vision of gallerist Thierry Bigaignon. In many respects, the entire process serves as a paradigm of exceptional analogue creation.

 

From painting to dyeing, red was humanity’s first mastered pigment—the genesis of colour, and the hue of revolution in its truest sense: there turning to its beginning. Twilight mirrors such a moment—both the end of day and the promise of dawn. Photography now finds itself in this twilight, where contemporary works reclaim the poetry of obsolete techniques. Thomas Paquet’s magnum opus resembles a philosopher’s stone—shimmering with mystery and inviting contemplation.

 

One inevitably recalls the oval room of the Musée de l’Orangerie, where Monet’s final Water Lilies embrace the viewer like a timeless gesture. Similarly, in Paquet’s ‘Horizon rouge’, the viewer traces the arc of a visual cycle that transcends beginnings and endings. It is an eternal twilight—red rendered immortal, a velvet expanse for the eyes. The work feels akin to a monumental wall transformed from a flying carpet—a metamorphosis that stirs echoes of the Pompeian frescoes in the Villa of the Mysteries, and of the legendary Valentino gowns that earned him the title “Emperor of Red.”

 

 

Michel Poivert

 

Text written for the exhibition « Rosso »  spring  2025, Fondazione Valentino Garavani e Giancarlo Giammetti - Rome, Italie

 

 

 

 

Grands Horizons Panoramiques

Luminogrammes sur papier argentique couleur- Luminograms on color silver-gelatin paper

Orizzonti Rosso - PM23, Fondation Valentino Garavani & Giancarlo Giammetti, Rome - Italie

 

Grands Horizons Panoramiques

Luminogrammes sur papier argentique couleur - Luminograms on color silver-gelatin paper

Orizzonti Rosso - PM23, Fondation Valentino Garavani & Giancarlo Giammetti, Rome - Italie

 

Horizon #9

Tirage à l’agrandisseur sur papier argentique couleur - Color silver-gelatin print

Horizons - Bigaignon, Paris - France

 

Grands Dégradés

Luminogrammes sur papier argentique couleur - Luminograms on color silver-gelatin paper

Oh Lumière! - Bigaignon, Paris - France

 

Prismes

Luminogrammes sur papier argentique couleur, verre - Luminograms on color silver-gelatin paper, glass

Oh Lumière! - Bigaignon, Paris - France

( FR )

Oh Lumière!

 

L’exposition Oh lumière ! de Thomas Paquet annonce une vision que souligne un point d’exclamation comme un écho aux mots de Virginia Woolf, qui s’exclamait il y a plus d’un siècle: « Oh, To Be a Painter! ». Cette vision qui, face aux toiles de la National Portrait Gallery, lui révèle dans un frisson le sens profond de la peinture, lui fait admettre sa puissance artistique inégalable, transparaît dans le travail de Thomas Paquet. Avec une joie presque enfantine, l’artiste s’amuse à déconstruire les techniques photographiques, à revenir à leurs éléments les plus fondamentaux, pour célébrer l’une de ses composantes essentielles : la lumière.

 

Parce qu’il plonge le spectateur dans un univers de couleurs prismatiques et met en valeur la riche texture de ses supports, le travail photographique de l’artiste franco-canadien se rapproche parfois de la peinture. Que ce soit en plein air, ou, pour cette série, en chambre noire, Thomas Paquet crée chaque oeuvre de manière unique, directement sur le papier photosensible. En renonçant au négatif et en suivant un protocole qu’il définit, l’artiste se laisse guider par le geste, il explore les possibilités infinies de ses outils et consent à se soumettre aux aléas et à ce que l’erreur a d’humain. Rassemblée ici pour la première fois, sa série complète « De la chambre noire » capte, au travers de rectangles, de cercles et de triangles lumineux, les effets variés de la distance et de la forme des supports utilisés sur la couleur et la saturation. Ces oeuvres traduisent la lumière. Elles la sculptent et, ce faisant, révèle notre propre présence au monde, aiguise notre sens de l’observation.

 

À l’un de ses confrères peintres, Paul Cézanne écrivait un jour : « Traitez la nature par le cylindre, la sphère, le cône [...] la nature, pour nous hommes, est plus en profondeur qu’en surface, d’où la nécessité d’introduire dans nos vibrations de lumière, représentées par les rouges et les jaunes, une somme suffisante de bleutés, pour faire sentir l’air. » Cette perception moderne du paysage,

comme une succession de formes tridimensionnelles mouvantes dans l’espace, préfigurait le cubisme et l’abstraction, mais également la photographie contemporaine et l’image en mouvement. En traduisant le paysage de lumière par des formes élémentaires, Thomas Paquet s’inscrit dans la vision de Cézanne. Dans les halos lumineux des oeuvres de la série « Vignettage », par exemple, le geste fluide de l’artiste fait rayonner les cylindres d’une lumière éclatante. « Écrire avec la lumière », dit-il. En utilisant l’espace de son atelier pour projeter une vision cosmique, les « Grands Dégradés » de Thomas Paquet nous ramènent à l’idée de l’infini, à l’image du ciel au-dessus de la montagne Sainte-Victoire de Cézanne. « Je suis fasciné par ce qui nous rapproche du cosmos, des étoiles », confie Thomas Paquet.

 

Lillian Davies

 

Texte écrit pour l’exposition Oh Lumière! 3 avril - 31 mai 2025, Bigaignon - Paris

 

( ENG )

Oh Light!

 

Thomas Paquet’s “Oh Light!” heralds a vision of luminosity with an exclamation point echoing Virginia Woolf’s likewise punctuated gasp more than a century ago: “Oh to be a painter!” Facing canvases at the National Portrait Gallery, Woolf’s shudder of artistic comprehension, coupled with an envious recognition of a medium’s power, permeates Paquet’s project here. With an almost childlike joy, Paquet playfully deconstructs photographic techniques, returns to its essential elements, in order to celebrate a single component: “The most important element is light.”

 

Immersing viewers in prismatic color, foregrounding the rich texture of his supports, Paquet’s photographic production approaches the painterly. En plein air, or, for this exhibition, in the traditional darkroom, Paquet crafts each unique work directly as a positive image. Forgoing the negative through a measured protocol, Paquet revels in the hand made, the possibility of the tools of his trade, embracing accident and the humanity of mistakes. Assembled here for the first time, his complete De la Chambre noire series frames, into bright rectangles, circles and triangles, the varying effects of distance and materials on color and saturation. These works translate light. Building blocks, if you will, for the humble act of paying attention.

 

In a letter to a fellow painter, Paul Cézanne once advised: “treat nature by means of the cylinder, the sphere, the cone ... nature for us men is more depth than surface, whence the need to introduce into our light vibrations, represented by the reds and yellows, a sufficient amount of blueness to give the feel of air.” The modern painter’s perception of landscapes as simple threedimensional forms shifting inside real space foreshadowed Cubism and abstraction as well as the pulsing spaces of modern photography and the moving image. In his translation of the landscape of light through elementary forms, Paquet recalls Cézanne’s vision. The brilliant aureoles of Paquet’s Vignettage works, for example, radiate from his fluid gesture of shining light round prepared cylinders. “Writing with light,” he says. Using the space of the studio to project a vision of the universe, Paquet’s large Gradient works shimmer like the sky above Cézanne’s Mount Saint Victoire. “I am fascinated by what brings us closer to the cosmos,” Paquet tells me, “to the stars.”

 

Lillian Davies

 

Text written for the exhibition Oh Light!  3 April - 31 May 2025, Bigaignon - Paris

 

Vignettages

Luminogrammes sur papier argentique couleur - Luminograms on color silver-gelatin paper

Oh Lumière! - Bigaignon, Paris - France

 

( FR )

L’inversion des éclipses

 

Le dispositif remonte à près de trois mille ans, l’ombre projetée du gnomon servant à connaître la marche du soleil sur la voûte céleste, il permet de déduire des informations cruciales comme l’orientation de la planète. Sa fiabilité n’a d’égal que son apparente simplicité due à une mise en œuvre rudimentaire (une tige portant son ombre sur une surface, parfois à même le sol); toutefois le protocole est toujours d’actualité, les astronautes emportant avec eux un gnomon pour connaître sur une surface extra-terrestre la position du soleil. Véritable allégorie de la permanence des savoirs et de la relativité de la notion de progrès, le gnomon est aussi l’une des figures de la projection lumineuse. Le stylet n’a pas le mystère de la caverne mais il est à sa manière une chambre (claire) permettant d’ajuster dans l’espace par projection une réalité physique inconcevable par l’observation directe.

 

L’intuition poétique de Thomas Paquet associe deux imaginaires savants, celui de la projection lumineuse et celui de l’empreinte, soit les principes mêmes de l’invention de la photographie : figer l’image se projetant dans la chambre noire. Mais il en donne une version que l’on peut qualifier de minimaliste. Il s’agit de photogrammes enregistrés sur une surface photosensibilisée, moins une image donc qu’une trace n’ayant subie aucune correction optique, une ombre qui devient lumière, ce que l’on pourrait qualifier d’éclipse inversée. Faire surgir de façon répétitive et non systématique un répertoire de lueurs peut nous rappeler l’œuvre vivante intitulée Mur de Feu (1961) réalisée par Yves Klein, où l’alignement des brûleurs gaz en registres offre autant d’étoiles de flammes bleues. Mais ici le bleu est le fond d’émulsion au cyanotype et la lueur sa soustraction au feu. Un « mur de flammes froides » pourrait caractériser les séquences de Thomas Paquet, en faisant remonter le feu à son origine. Ces lignes en creux de lumière ressemblent à la quête de l’étalon spectral de nos existences terrestres, illuminées par les ondes astrales.

 

Michel Poivert

 

Texte écrit pour le livre L’ombre des heures paru en mars 2024

 

( FR )

Inverted Eclipses

 

The device dates back nearly three thousand years, the shadow cast by the gnomon is used to determine the course of the sun across the celestial vault, allowing crucial information such as the orientation of the planet to be deduced. Its reliability is matched only by its apparent simplicity, thanks to a rudimentary design (a rod casting its shadow onto a surface, sometimes directly onto the ground); simple as it is, the technique is still used today, with astronauts taking a gnomon with them to determine the position of the sun on an extraterrestrial surface.

 

A true allegory of the permanence of knowledge and the relativity of the notion of progress, the gnomon is also one of the agents of luminous projection. The stylus may not convey the mystery of the cave, but it is in its own way a camera (lucida) that makes it possible to adjust into space, by projection, a physical reality ungraspable through direct observation.

 

Thomas Paquet’s poetic intuition combines two ingenious imaginaries, that of luminous projection and that of the imprint, the very principles at the foundation of photography: to fix the image projecting itself inside the camera obscura. But he gives a version of it that can be qualified as minimalist. These are photograms recorded on photosensitised surfaces, therefore less images than traces without any optical correction, shadows turned into light, which we could describe as inverted eclipses. The repetitive, unsystematic emergence of a repertoire of gleams may remind us of the lively work Mur de Feu (1961) by Yves Klein, in which rows of ignited gas burners assembled in a canvas create as many stars of blue flames. Only here the colour blue is the sensitising solution of the cyanotype, and the gleam its substraction from the fire. A «wall of cold flames» could characterise Thomas Paquet’s sequences, tracing the fire back to its origin. These hollow lines of light mirror the quest for the spectral standard of our earthly existences, illuminated by astral waves

 

Michel Poivert

 

Text written for the book L’ombre des heures published in March 2024

 

Midi Solaire, série L’ombre des heures

Composition de 12 cyantoypes - Set of 12 cyanotypes

Ligne de Mire - Bonisson Art Center, Rognes - France

 

20 septembre 2018, série L’ombre des heures

Composition de 30 cyantoypes - Set of 30 cyanotypes

 

 

Rien n’échappe à la lumière - Bigaignon, Paris - France

 

 

Rien n’échappe à la lumière - Bigaignon, Paris - France

 

 

Études gnomoniques

Sotto la luce - Rhinoceros x Bigaignon, Rome - Italie

( FR )

Et pendant ce temps le soleil tourne

 

Photographe franco-canadien né en 1979, Thomas Paquet interroge la nature du temps, la structure de son flux ininterrompu et la dynamique de son mouvement. À l’aide de techniques photographiques anciennes, il fixe les modalités de perception du changement incessant. La trajectoire diurne du soleil l’intéresse tout particulièrement. Il en discerne ses cycles, ou tout du moins une rythmique, laissant alors émerger une sensation visuelle proche de la méditation, une captation élargie qui ne tiendrait plus compte de la seule représentation. Dans cette confrontation maîtrisée à l’incommensurable, se révèle alors tout un processus d’abstraction, celui de la lumière et de ses nombreuses variations.

Thomas déjoue la rapidité, tout comme l’uniformisation des images et la standardisation de leur production. Son approche est artisanale, installée dans la lenteur et le souvenir de gestes répétés jour après jour, qu’il prolonge sur l’émulsion. Les préparatifs sont alors soignés : manipulation du papier, élaboration de la chimie, minutieusement mûrie et oxydée.

 

Pour sa dernière série, Et pendant ce temps le soleil tourne, il utilise le sténopé, dispositif optique rudimentaire où l’appareil photographique se limite à un simple trou par lequel passe la lumière. L’artiste en multiplie le nombre, expérimente leur variation et leur orientation. Au fil des heures, l’émulsion photographique s’imprègne du déplacement du soleil dans le ciel. Dans ce désir de fixer l’insaisissable, chaque tirage est unique, ne pouvant être dupliqué. Une équivalence s’établit alors entre le chronologique et l’analogique. Paquet enregistre le prestige de l’été, ses excessives radiations solaires dont toutes portent la marque d’une attention accrue aux rythmes journaliers. La découpe des heures du jour s’effectue sans frontière et sans marge, elle s’inscrit dans une succession de traits aux contours imparfaits, une suite de sinuosités séquencées. L’ensemble rend compte de la saisie sensorielle de la lumière, de ses pourtours et ses linéaments, mais également de ses brûlures et frémissements.

 

Le photographe rend tangible le temps. Il le met à l’épreuve, au sens propre comme au sens figuré : un questionnement sans réponse, une énigme sans clef. Ses œuvres font part d’une durée sans aiguilles et le regard se perd alors dans un camaïeu de couleurs du brun à l’orangé, semblable à un horizon pictural, une étendue floutée. Une attraction hypnotique découle de cette subtile vibration. Une rêverie s’y invite, une poésie aussi, celle d’un instant fragile, évanescent, capté dans la totalité d’un monde incessamment mouvant.

 

Maud de la Forterie

 

Artpress 2021

 

 

 

Et pendant ce temps le soleil tourne S-22, 2022

Luminogramme sur papier argentique baryté n&b - Luminogram on b&w silver-gelatin paper

 

 

( ENG )

And Meanwhile the Sun Turns

 

A French-Canadian photographer born in 1979, Thomas Paquet explores the nature of time, the structure of its uninterrupted flow, and the dynamics of its movement. Using traditional photographic techniques, he captures the ways in which we perceive ceaseless change. He is particularly interested in the sun’s daily path. He discerns its cycles—or at the very least, a rhythm—thereby evoking a visual sensation akin to meditation: an expanded perception that goes beyond mere representation. In this masterful confrontation with the immeasurable, a whole process of abstraction is revealed—that of light and its many variations.

Thomas defies speed, as well as the homogenization of images and the standardization of their production. His approach is artisanal, rooted in slowness and the memory of gestures repeated day after day, which he extends onto the photographic emulsion. The preparations are meticulous: handling the paper, preparing the chemicals, which are carefully developed and oxidized.

 

For his latest series, And Meanwhile the Sun Turns, he uses a pinhole camera—a rudimentary optical device in which the camera consists solely of a single hole through which light passes. The artist creates multiple pinholes, experimenting with their variations and orientations. As the hours pass, the photographic emulsion captures the sun’s movement across the sky. In this desire to capture the elusive, each print is unique and cannot be duplicated. An equivalence is thus established between the chronological and the analog. Paquet captures the splendor of summer, its intense solar radiation, all of which bears the mark of heightened attention to daily rhythms. The division of the hours of the day occurs without boundaries or margins; it takes the form of a succession of lines with imperfect contours, a sequence of sinuous curves. The whole conveys a sensory grasp of light—its outlines and contours, but also its scorching intensity and tremors.

 

The photographer makes time tangible. He puts it to the test, both literally and figuratively: a question without an answer, an enigma without a key. His works convey a sense of time without hands, and the viewer’s gaze is lost in a monochromatic palette ranging from brown to orange, resembling a pictorial horizon, a blurred expanse. A hypnotic allure emanates from this subtle vibration. It invites reverie, and poetry as well—the poetry of a fragile, fleeting moment, captured within the entirety of a ceaselessly shifting world.

 

Maud de la Forterie

 

Artpress 2021

 

 

 

 

Jouer des étoiles - L’art dans les chapelles - Chapelle de la Trinité, Castennec - France

 

 

Grand Soleil

Jouer des étoiles - L’art dans les chapelles - Chapelle de la Trinité, Castennec - France

 

 

Et pendant ce temps le soleil tourne S-13-1-21, 2021

Luminogramme sur papier argentique baryté n&b - Luminogram on b&w silver-gelatin paper

( FR )

L’Observatoire

 

L’Observatoire restitue en temps réel, par un jeu de dégradé de couleur, la position de la lune et du soleil.

À un temps T, dans un lieu spécifique,  grâce à une série de calcul astronomique, le programme informatique détermine la position de la lune et du soleil avec 2 coordonnées. Ces coordonnées sont ensuite reportées sur un cercle chromatique et permettent d’attribuer une couleur à chacun des astres. Ces deux couleurs, fonction du lieu de visionnage de l’œuvre et du moment de la journée sont utilisées pour créer un dégradé linéaire qui s’affiche sur un écran circulaire.

 

L’Observatoire est né du désir de plonger le spectateur dans un état méditatif, de le replacer dans le temps long de la danse perpétuelle de la lune et du soleil.

L’une des particularités de cette œuvre est bien son caractère infini: le programme réalise une mise à jour en temps réel des positions de nos astres. Le dégradé de couleur va évoluer de façon très lente et permettre au spectateur de voir les phases de la lune au fil des saisons.

 

( ENG )

The Observatory

 

At time T, in a specific location, thanks to a series of astronomical calculations, the computer program determines the position of the moon and sun with 2 coordinates. These coordinates are then plotted on a chromatic circle, assigning a color to each star. These two colors, depending on where the work is viewed and the time of day, are used to create a linear gradation displayed on a circular screen.

 

The Observatory was born of the desire to plunge the viewer into a meditative state, to place him or her back in the long time of the perpetual dance of the moon and sun. One of the particularities of this work is its infinite nature: the program updates the positions of our stars in real time. The color gradation will evolve very slowly, allowing the viewer to see the phases of the moon as the seasons change.

 

 

 

 

 

L’Observatoire

Zinc, verre, pmma, bois, led, composants électroniques - Zinc, glass, PMMA, wood, LEDs, electronic components -

 

 

Grand Soleil

Détail - Details

 

 

 

© THOMAS PAQUET -  all rights reserved